Un rêve sculpté dans la pierre et l'eau.


Alhambra de Grenade - photos, videos, histoire et informations aux visiteurs * Vue panoramique de l'Alhambra et du Généralife au coucher du soleil, Grenade

 

 

L'Alhambra, située dans la ville de Grenade en Andalousie (Espagne), est une cité palatine de l'époque al-Andalus. Perchée sur une colline dominant toute la ville, c'est un repère tout-puissant et omniprésent. Sa silhouette imposante se contemple depuis presque n'importe quel coin de Grenade — majestueuse, vigilante et intemporelle. Ce complexe palatial et forteresse — doté de son propre Alcázar et de remparts défensifs — servait de résidence royale au royaume nasride.

Sa caractéristique la plus célèbre réside dans son intérieur, dont la décoration riche et complexe compte parmi les plus hauts chefs-d'œuvre de l'art islamique au monde — en faisant le monument le plus visité d'Espagne. L'achat anticipé des billets est vivement recommandé pour garantir votre accès.

Ici, vous pouvez profiter de photos et de vidéos de l'Alhambra et du Généralife.

Origine du nom

En arabe, l'Alhambra est "Al-Hamra" (La Rouge). Étymologiquement, le mot dérive de "al-Qal'at al-hamra" (Le Château Rouge). En évoluant vers l'espagnol, un "b" s'est inséré entre le "m" et le "r" — comme dans le mot "alfombra" (tapis), qui portait en arabe classique le sens de "rougeur", écrit "humrah".

Ceci n'est qu'une des versions sur l'origine du nom. D'autres spécialistes soutiennent qu'à l'époque andalouse, l'Alhambra était blanchie à la chaux et apparaissait entièrement blanche.

Selon une autre théorie, le nom "La Rouge" proviendrait des travaux de construction qui s'effectuaient la nuit — et lorsqu'on la contemplait de loin dans l'obscurité, la lumière des torches lui donnait un éclat rougeoyants. D'autres auteurs soutiennent qu'Alhambra est simplement le féminin du nom de son fondateur, Abou Al-Ahmar, qui signifie "Le Rouge" en arabe — ainsi nommé en raison de sa barbe rousse.

Histoire

L'Alhambra est une cité fortifiée (médina) qui occupe la majeure partie de la colline de La Sabika. La ville de Grenade possédait son propre système d'enceintes indépendant, ce qui permettait à l'Alhambra de fonctionner en toute autonomie. À l'intérieur de ses remparts, le complexe abritait tous les services nécessaires à sa population : un palais royal, des mosquées, des écoles, des ateliers et bien plus encore.



En 1238, Mohamed ben Nazar (ou Nasr) — connu sous le nom d'Al-Ahmar, "Le Rouge", en raison de sa barbe rousse — entra dans Grenade par la porte d'Elvira pour prendre possession du Palais du Coq de Vent. Lors de son entrée triomphale, le peuple l'accueillit au cri de "Bienvenue au vainqueur par la grâce d'Allah". Il répondit : "Seul Allah est vainqueur". Cette phrase devint la devise de la dynastie nasride et se retrouve inscrite dans toute l'Alhambra. Ben Al-Ahmar construisit le premier noyau du palais. Son fils Mohamed II, ami d'Alphonse X le Sage, en renforça les fortifications.



Le style grenadin de l'Alhambra atteignit son apogée au milieu du XIVᵉ siècle sous Youssouf Iᵉʳ, qui fit bâtir la Tour de Comares, et Mohamed V, qui érigea la Cour des Lions.



En 1492, lors de la conquête de Grenade par les Rois Catholiques, l'Alhambra devint un palais royal. Le comte de Tendilla, de la famille Mendoza, fut le premier gouverneur chrétien de l'Alhambra. Le chroniqueur Hernando del Pulgar a consigné : le comte de Tendilla et le Grand Commandeur de León, Gutierre de Cárdenas, reçurent les clés de Grenade des mains de Ferdinand le Catholique, entrèrent dans l'Alhambra et hissèrent la croix et la bannière royale au sommet de la Tour de Comares.

Lorsque les Rois Catholiques, Isabelle et Ferdinand, conquirent le royaume de Grenade, ils en expulsèrent son roi, Boabdil, qui pleura la perte de ce qu'il appelait "le paradis terrestre". Alors qu'il s'éloignait à cheval en direction de la côte, il s'arrêta pour contempler sa ville bien-aimée une dernière fois — et ne put retenir ses larmes. Sa mère, témoin de la scène, lui aurait lancé : "Pleure comme une femme pour ce que tu n'as pas su défendre comme un homme".

Sur la route menant à la côte depuis Grenade se trouve un col montagneux connu sous le nom de "El Suspiro del Moro" (Le Soupir du Maure) — une appellation directement issue de cette légende. Depuis ce point, toute la ville et l'Alhambra se découpent au loin, et c'est là, selon la tradition, que Boabdil s'arrêta pour jeter un dernier regard sur son royaume perdu.

UNESCO

Le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO a déclaré l'Alhambra et le Généralife de Grenade Patrimoine Culturel de l'Humanité le 2 novembre 1984. Cinq ans plus tard, le quartier de l'Albaicín (Al Albayzín) — l'ancienne ville musulmane médiévale — a reçu la même distinction en tant qu'extension de la déclaration d'origine.

Les grands espaces de l'Alhambra :

Le monument de l'Alhambra se compose de différents secteurs ou enceintes, chacun étant lui-même divisé en salles, halls et édifices.

Nous les décrivons ci-dessous dans l'ordre suivant :

# L'Alcazaba

# Les Palais Nasrides

# Les Jardins du Généralife

# Autres espaces

Vue panoramique nocturne de l Alhambra Grenade - zones et espaces a visiter * Vue de la ville de Grenade avec l'Alhambra et la Sierra Nevada en arrière-plan

L'ALCAZABA

L'Alcazaba était le secteur militaire — le centre de défense et de surveillance du complexe — et constitue à ce titre la partie la plus ancienne de l'Alhambra. Les premières constructions arabes remontent à la période du Califat au XIᵉ siècle, avant d'être agrandies lorsque Grenade est devenue la capitale de l'un des royaumes de Taïfa.


Ses éléments principaux sont :

- Terrasse de la Torre del Cubo (Tour du CUBE) :

Une tour semi-circulaire bâtie vers 1586 sur l'emplacement d'une ancienne porte islamique, puis évidée au XXᵉ siècle. Elle sert aujourd'hui de belvédère privilégié offrant une vue imprenable sur la vallée du Darro et le quartier de l'Albaicín.


- Chemin de ronde du mur Nord (Adarve) :

Le chemin de patrouille surélevé qui longe le rempart nord de l'Alhambra. Dédié à l'origine à la défense — permettant aux soldats de patrouiller et de surveiller la vallée du Darro et l'Albaicín —, il demeure l'une des voies de passage les plus emblématiques du complexe.

Ses caractéristiques principales : - Emplacement stratégique : situé sur le flanc nord de l'enceinte fortifiée, entre l'Alcazaba (secteur militaire) et les Palais Nasrides. - Vues panoramiques : offre parmi les plus beaux panoramas sur l'Albaicín, le Sacromonte et la ville de Grenade. - Rôle défensif : permettait aux gardes de se déplacer rapidement le long de la muraille et de rejoindre les tours défensives telles que la Torre del Cubo, la Torre de la Vela et la Torre de la Pólvora. - Accès actuel : le chemin de ronde se visite dans le cadre du parcours guidé de l'Alcazaba.


Note historique : À l'époque nasride, ce chemin de ronde faisait partie intégrante du système défensif sophistiqué protégeant l'Alhambra des attaques extérieures. Outre sa vocation militaire, il permettait de circuler rapidement entre les différentes parties de la forteresse sans devoir descendre au niveau du sol.


- Place d'Armes (Plaza de Armas) :

Cet espace faisait office de centre de vie quotidienne pour la garnison chargée de défendre le complexe. Autour de la place s'organisaient diverses structures — logements des soldats, magasins, ateliers et cisternes —, en faisant un véritable petit noyau urbain autonome au cœur de la forteresse. Malgré un nom évoquant une fonction cérémonielle ou des entraînements militaires, la Place d'Armes était avant tout un espace pratique, dédié aux activités indispensables au maintien de la vie et de la sécurité des défenseurs de l'Alhambra.



Les vestiges archéologiques de ces édifices sont encore visibles aujourd'hui, offrant un aperçu précieux de l'organisation de cet espace à l'époque nasride. La Place d'Armes donne également accès à d'autres points clés de l'Alcazaba, notamment la Torre de la Vela, depuis laquelle on embrasse de splendides panoramas sur Grenade.


- Terrasse de la Place d'Armes :

Située sur le point le plus élevé de cet espace au sein de l'Alcazaba, cette terrasse défensive assurait une surveillance continue des accès ouest du complexe, ainsi que de la vallée du Darro et du quartier de l'Albaicín situés de l'autre côté du rempart nord. Depuis cette position stratégique, les soldats surveillaient les voies d'approche et pouvaient intervenir rapidement en cas de menace.



Aujourd'hui, la terrasse sert également de belvédère exceptionnel d'où l'on apprécie les vestiges archéologiques de la Place d'Armes, ainsi que les tours de l'enceinte fortifiée — dont la Torre de la Vela et le Donjon (Torre del Homenaje).



Elle permet également aux visiteurs de saisir l'organisation défensive de l'Alhambra et le rôle primordial joué par l'Alcazaba dans la protection de l'ensemble du complexe palatial. En s'y tenant, il est aisé d'imaginer la vie quotidienne de cette enclave militaire, en contact permanent avec le paysage grenadin et l'histoire qui l'entoure.


- Torre de la Vela (Tour du Guet) :

La plus grande tour défensive du complexe militaire. Son nom provient de la cloche que les chrétiens y ont installée après la conquête de la ville. Figure parmi les structures les plus emblématiques et les plus visitées de l'Alhambra, se dressant à l'extrémité ouest de la muraille et dominant une vue panoramique grandiose sur la ville de Grenade, la vallée du Darro, l'Albaicín et la plaine (Vega).


La tour jouait un rôle essentiel dans la défense du complexe. Du haut de son sommet, les soldats surveillaient les accès à l'Alhambra et donnaient l'alerte en cas de danger. Sa position permettait également de communiquer visuellement avec d'autres forteresses voisines grâce à des signaux de fumée ou de feu.


Après la conquête chrétienne de 1492, la tour a acquis une forte portée symbolique. Le 2 janvier de cette même année, la bannière des Rois Catholiques y fut hissée pour annoncer la prise de Grenade — l'acte qui marqua la fin de la Reconquista. Depuis lors, la Torre de la Vela est au cœur d'une tradition locale très chère aux habitants : chaque 2 janvier, le public est invité à gravir la tour pour y faire sonner la grande cloche.


Selon la croyance populaire, les célibataires qui font sonner la cloche trouveront un partenaire ou se marieront avant la fin de l'année. Historiquement, la cloche servait aussi à marquer le début de la journée de travail agricole et à avertir la population en cas d'urgence.


- Torre del Homenaje (Le Donjon) :

S'élevant à plus de 22 mètres au point le plus haut de la forteresse et comptant six étages intérieurs, le dernier niveau aurait servi de centre de commandement au gouverneur militaire.


- Torre de los Hidalgos (Tour des Hidalgos) :

Selon certaines sources, cette tour tire son nom du fait qu'elle servait de poste d'observation et de refuge pour les membres de la petite noblesse (hidalgos) intégrés à la structure militaire de l'Alhambra à la période chrétienne. Sa construction solide répondait aux besoins défensifs de l'époque, offrant une excellente visibilité vers l'extérieur du mur nord.


- Torre Quebrada (Tour Brisée) :

Son nom provient de l'importante détérioration structurale subie au fil du temps — son aspect endommagé lui donnant l'apparence d'une tour "brisée" ou lézardée.

Contrairement aux tours plus imposantes du complexe, la Torre Quebrada n'avait aucune fonction résidentielle : elle était purement défensive et servait de tour de guet. Sa position permettait d'observer la vallée du Darro et l'Albaicín, renforçant ainsi le contrôle du rempart nord. Comme les autres tours le long de cette section, elle était reliée au chemin de ronde surélevé emprunté par les soldats pour défendre le site.

Modeste mais précieuse, la Torre Quebrada illustre la complexité du vaste système défensif qui protégeait cette cité palatine — où chaque tour, aussi petite soit-elle, jouait un rôle essentiel de surveillance et de sécurité.


- Torre Adarguero (Tour de l'Adarguero) :

Son nom dérive de l' "adarga" — un bouclier léger de forme ovale ou en croissant utilisé principalement par la cavalerie au Moyen Âge. La tour aurait été associée au stockage de ces boucliers, ou à la présence de soldats spécialisés dans leur maniement.

Non accessible lors des parcours de visite classiques, son allure sobre et son intégration dans le rempart nord en font un exemple représentatif de l'architecture militaire nasride — conçue à la fois pour la défense et la communication rapide entre les points stratégiques.


- Jardín de los Adarves (Jardin des Chemins de Ronde) :

L'un des coins les plus agréables et pittoresques de l'Alhambra. Son plus grand attrait réside dans son belvédère offrant un panorama exceptionnel sur la ville de Grenade, la Vega et la Sierra Nevada. D'ici, on aperçoit également le quartier du Realejo et la colline de La Sabika, ainsi que certaines des tours les plus impressionnantes de l'Alcazaba, comme la Torre de la Vela.


Créé au XVIIᵉ siècle lorsque la forteresse a perdu son caractère défensif, certaines zones militaires inutilisées ont été réhabilitées et intégrées au circuit paysager du complexe monumental. Au fil du temps, le Jardin des Chemins de Ronde est devenu un lieu de promenade et de contemplation, agrémenté de fleurs, de haies taillées, de cyprès et de fontaines qui contrastent à merveille avec l'austérité des remparts environnants.

Situé dans la partie basse de l'Alcazaba, le long du mur sud, il domine la ville de Grenade depuis l'ancien chemin de patrouille défensif auquel il doit son nom.


Le Jardin des Chemins de Ronde représente une fusion harmonieuse entre le patrimoine militaire de l'Alhambra et la beauté de l'art paysager. C'est un endroit idéal pour faire une pause, se détendre et contempler le cadre historique et naturel d'exception qui entoure le monument.

Cour des Lions Palais Nasrides Alhambra Grenade - visite guidee officielle * Cour des Lions, Palais Nasrides, Alhambra - Grenade, Andalousie, Espagne.

LES PALAIS NASRIDES

Les Palais Nasrides regroupent le Palais de Comares — édifié en premier — et le Palais des Lions. Construits après l'Alcazaba, le Généralife et le Partal, ils datent du premier tiers du XIVᵉ siècle. Ils servaient de siège aux fonctions administratives, à la cour royale, au protocole et aux appartements privés.


En descendant l'escalier d'accès, on découvre les pièces suivantes dans l'ordre :

- Le Mexuar :

La salle la plus ancienne des palais. À l'époque arabe, elle servait de salle d'audience et de justice pour les affaires importantes. Elle possédait une chambre haute fermée par des moucharabiehs d'où le sultan pouvait écouter sans être vu. Il n'y avait pas de fenêtres latérales et la partie centrale du toit était ouverte. Au fond se trouve un petit oratoire donnant sur l'Albaicín — délibérément orienté différemment du mur pour répondre à sa fonction religieuse.

La décoration actuelle est le fruit de nombreuses interventions entre le XVIᵉ et le XXᵉ siècle. À l'époque chrétienne, cette salle fut transformée en chapelle. Au-delà se trouve une petite cour avec une fontaine centrale et une chambre sur la gauche — la Cour du Mexuar.


- Cour du Mexuar ou Cuarto Dorado (Chambre Dorée) :

L'usage d'origine de cet espace à l'époque arabe n'est pas connu avec certitude. On sait toutefois qu'il a ensuite été aménagé pour servir de chambre à Isabelle de Portugal lors de son séjour à l'Alhambra — bien qu'elle ne l'ait jamais occupée.

La façade de la chambre présente de magnifiques chapiteaux sur son arc d'entrée. À l'intérieur, l'élément le plus saisissant est le plafond — sculpté en bois de cèdre et orné de pommes de pin et de coquillages. En dessous, les fenêtres sont garnies de moucharabiehs. Deux encadrements de portes rectangulaires sont bordés de céramiques. La pièce est décorée de peintures gothiques ainsi que des armoiries et devises des Rois Catholiques.

Elle comporte deux portes — l'une menant au palais officiel, l'autre ne menant nulle part. La porte menant au palais est plus sobre que l'autre : une astuce délibérée pour désorienter les intruse et les envahisseurs.


- Palais de Comares :

La façade du palais fut élevée sur ordre de Mohamed V et inaugurée en 1370. Il s'agit d'une façade intérieure qui ne laisse rien deviner de la magnificence cachée à l'intérieur.


- Patio de la Alberca ou Patio de los Arrayanes (Cour des Myrtes) :

La cour centrale du Palais de Comares. De chaque côté du grand bassin miroir — qui occupe la majeure partie de la cour — sont plantées des haies de myrtes. Cette cour est l'une des plus belles expressions d'un thème fondamental de l'Alhambra : la présence de l'eau — non seulement en tant que fluide, mais comme un miroir. La majestueuse Tour de Comares se reflète à la perfection dans le bassin. À une extrémité, une galerie s'étend sur toute la largeur de la cour, flanquée d'alcôves de conversation de chaque côté. Depuis la galerie, on accède à l'antichambre.


- Sala de la Barca (Salle de la Barque) :

Accessible depuis la galerie nord de la Cour des Myrtles par un arc brisé à muqarnas, la Salle de la Barque tire son nom de son plafond en bois sculpté d'une facture exceptionnelle, évoquant la coque d'un bateau renversé. De plan rectangulaire — 24 mètres de long sur 4,35 mètres de large —, elle semble avoir été plus petite à l'origine, puis agrandie par Mohamed V.

La salle possédait autrefois une voûte semi-cylindrique détruite par un incendie en 1890 et remplacée par une fidèle reproduction achevée en 1964. Les murs arborent de riches plâtreries sculptées portant le blason nasride, le mot "Bénédiction" et la devise de la dynastie : "Seul Allah est vainqueur".

Les murs sont bordés d'une frise de soubassements, avec à chaque extrémité des alcôves ornées de céramiques, des colonnes soutenant des arcs surhaussés à muqarnas et des pendentifs sculptés. D'ici, on pénètre dans la Tour de Comares, dominée par le Salon des Ambassadeurs.


- Tour de Comares et Salon des Ambassadeurs (Salon de Comares) :

L'imposante Tour de Comares domine l'une des extrémités de la Cour des Myrtes, accessible par la Salle de la Barque. Le Salon des Ambassadeurs est la pièce la plus vaste et la plus haute de tout le palais. Construit pendant le second tiers du XIVᵉ siècle sous le sultan nasride Youssouf Iᵉʳ, il avait pour fonction principale d'accueillir les audiences privées du souverain. Les invités prenaient place dans les niches aménagées dans les murs, où se dressait également le trône du sultan.


La salle est de plan carré — 11 mètres de côté sur 18 mètres de hauteur — avec un sol originellement en marbre, aujourd'hui composé de carreaux de terre cuite. Au centre, un carré porte le nom d'Allah inscrit sur des azulejos. La pièce est extraordinairement riche en inscriptions poétiques — des compositions à la gloire de Dieu et de l'émir, ainsi que des passages du Coran. Chaque centimètre carré de mur est recouvert de motifs décoratifs.


Le long des côtés de la salle s'ouvrent neuf alcôves — trois sur chacun des trois murs —, l'alcôve centrale du mur nord étant réservée au sultan. Une série de fenêtres, autrefois closes par des jalousies en bois et des vitraux colorés appelés "cumarias" (d'où dérive le nom "Comares"), ajourent les murs. Toutes les surfaces sont recouvertes de plâtreries ciselées présentant coquillages, fleurs, étoiles et calligraphies. La pièce était polychrome : du dorures sur les reliefs, des teintes claires dans les renfoncements. Le sol d'origine était composé de céramiques émaillées blanches et bleues aux motifs héraldiques. Avec les vers coraniques et poèmes sculptés sur les parois, alliés au jeu de lumière et à l'atmosphère de cour d'origine, le Salon des Ambassadeurs devait être l'une des salles du trône les plus éblouissantes de tout le monde islamique. Le chauffage était assuré par des braséros ; l'éclairage par des lampes à huile.


- Le Plafond :

L'un des éléments les plus fascinants du Salon des Ambassadeurs est son plafond cubique, au sein duquel sont représentés les sept cieux de la cosmologie islamique superposés les uns aux autres. Le Coran enseigne qu'au-dessus d'eux se trouve le trône de Dieu — et l'ensemble du plafond est constellé d'étoiles, au nombre de 105 au total. C'est l'une des plus belles représentations de l'Univers créées au Moyen Âge.

Réalisé en bois de cèdre avec des incrustations de différentes essences de bois colorés, il forme des étoiles chevauchantes disposées sur plusieurs niveaux. Au point central le plus élevé se trouve le Marchepied (Escabel) sur lequel Allah siège selon les récits coraniques. De ce centre rayonnent des figures géométriques qui divisent le plafond en sept espaces — les sept cieux descendant successivement jusqu'à ce monde. Ensemble, ils forment le Trône : le symbole de toute la création. Cet usage symbolique de la cosmologie coranique — avec ses multiples allusions au Marchepied, au Trône et au Roi qui y siège — visait clairement à légitimer le souverain en tant que représentant (calife) de Dieu sur terre.

Le trône lui-même se dressait au centre de la salle, directement sous le Marchepied divin — un symbolisme saisissant. Mais la portée de la pièce va plus loin : les quatre diagonales du plafond de Comares représentent les quatre fleuves du Paradis et l'Arbre du Monde (Axis Mundi) qui, enraciné dans le Marchepied, s'étend à travers tout l'Univers. Les neuf alcôves (trois sur chaque mur), combinées aux trois omises pour aménager le passage vers la Salle de la Bénédiction, font référence aux douze maisons du zodiaque — correspondant au rôle du septième ciel à cette hauteur.


Revenons à la Cour des Myrtes. À l'une des extrémités du côté gauche de la cour, un petit arc mène par un passage aux appartements privés du sultan — le Harem (Haram signifiant "espace privé").


- Sala de los Mocárabes (Salle des Mocárabes) :

Tire son nom de la voûte à muqarnas (stalactites) qui la couvrait autrefois — l'actuelle datant du XVIIᵉ siècle. Les murs présentent des plâtreries ornées d'inscriptions religieuses et du blason de la dynastie nasride. Une arcade à muqarnas mène à :


- Patio de los Leones (Cour des Lions) :

Sans conteste l'espace le plus iconique, majestueux et magique de tout le monument. Lorsque l'on pense à l'Alhambra, c'est cette cour qui vient immédiatement à l'esprit — sa fontaine centrale, ses portiques, ses arcades et ses colonnes.


Construite en 1377 par Mohamed V, fils de Youssouf Iᵉʳ. De plan rectangulaire, elle est entourée d'une élancée galerie de 124 colonnes en marbre blanc d'Almería. Tout autour se trouvent les appartements privés du sultan et de ses épouses — les étages supérieurs s'ouvrant sur la cour, sans fenêtres donnant sur l'extérieur, mais avec un jardin intérieur — fidèle au concept islamique du paradis.


Ce qui est aujourd'hui de la terre nue dans la cour était autrefois un jardin verdoyant. Depuis chacune des quatre salles environnantes, quatre canaux d'eau s'écoulent vers le centre — figurant les quatre fleuves du Paradis. Les colonnes sont reliées par des panneaux délicatement ajourés qui laissent filtrer la lumière. De fins fûts cylindriques, des anneaux près du sommet, des chapiteaux cubiques portant des inscriptions. Des feuilles de plomb gris transforment les poussées horizontales en poussées verticales. Les deux pavillons qui s'avancent de part et d'autre de la cour évoquent la tente des Bédouins — de plan carré, ornés de dômes en bois reposant sur des pendentifs à muqarnas. Les avant-toits datent du XIXᵉ siècle. Toute la galerie est couverte de plafonds caissonnés sculptés comme de la dentelle.


- Fontaine des Lions :

Des études récentes suggèrent que les lions proviendraient à l'origine de la demeure du vizir et poète juif Youssouf Ibn Nagrela (1066). On ignore s'ils ont été réalisés avant sa mort — il fut accusé à l'époque d'avoir tenté de bâtir un palais plus somptueux que celui du roi lui-même.

Une description presque exacte de cette fontaine a été conservée par le poète Ibn Gabirol (XIᵉ siècle). Les douze lions représentent les douze tribus d'Israël. Deux d'entre eux portent un triangle sur le front, indiquant les deux tribus choisies : Juda et Lévi. Ils datent du XIᵉ siècle.

Le bassin porte une inscription gravée tout autour de son rebord — des vers du ministre et poète Ibn Zamrak, dans lesquels la fontaine se décrit elle-même avec une poésie remarquable :

"(...) À un bassin si diaphane, perle sculptée, aux bords de gouttelettes figées, où l'argent ruisselle entre les perles, à la fois fluide, blanchi et pur. Si semblables sont le dur et le liquide qu'il est malaisé de dire lequel s'anime (...)"


La Fontaine des Lions renferme de multiples symbolismes. Les douze lions possèdent une signification astrologique — chacun faisant allusion à un signe du zodiaque. S'y ajoute une portée politique et royale liée au roi Salomon (le roi architecte), auquel fait référence une inscription sur la fontaine. Plus important encore, la fontaine évoque le paradis — la source de vie et les quatre fleuves du Jardin d'Éden.


La Cour des Lions resplendit aujourd'hui dans tout son éclat à la suite d'une restauration intégrale étalée sur dix ans, menée entièrement par des professionnels et artisans andalous.


La restauration complète de la Cour des Lions a débuté en 2002 avec la dépose du quatrième lion — la première des douze sculptures à être restaurée. En 2007, les onze autres lions ont été retirés de la cour pour un traitement approfondi au sein des ateliers du Patronat de l'Alhambra et du Généralife, éliminant les épaisses incrustations calcaires, stoppant la colonisation biologique, consolidant les fractures et retirant les éléments métalliques ainsi que les matériaux nocifs comme le ciment.


Le bassin — sculpté dans un seul bloc de marbre — a dû être restauré in situ dans un atelier temporaire aménagé au cœur même de la cour, en raison de ses dimensions exceptionnelles. Lors de la restauration du système hydraulique de la fontaine, une fouille archéologique menée selon une méthodologie scientifique rigoureuse a été entreprise dans la Cour des Lions pour la toute première fois, permettant de documenter et de préserver l'ensemble des vestiges mis au jour.


La phase finale du projet a consisté en la pose de 250 dalles de marbre blanc de Macael (provenant d'Almería) couvrant une superficie de 400 mètres carrés — restituant à la cour son aspect historique d'origine : celui qu'elle offrait lorsque le sultan Muhammad V l'utilisait au sein de la résidence royale nasride au XIVᵉ siècle, et tel qu'il a été décrit par les chroniqueurs de l'époque.


- Salle des Abencérages (Sala de los Abencerrajes) :

Cette pièce constituait la chambre privée du sultan. En tant qu'espace d'intimité, elle ne comporte aucune fenêtre extérieure. Les murs sont richement ornés de plâtreries et de polychromies d'origine. Le soubassement de céramique date du XVIᵉ siècle et provient d'ateliers sévillans. La coupole est décorée de muqarnas (stalactites) ; en son centre, au niveau du sol, une petite fontaine reflétait autrefois les motifs complexes du plafond — à mesure que la lumière zénithale pénétrait, les jeux d'ombre et de clarté évoluaient au fil de la journée, créant un effet poétique et envoûtant.


- Salle des Rois (Sala de los Reyes) :

Occupant toute la façade orientale de la cour et tirant son nom des peintures qui ornent la voûte de sa travée centrale, c'est la plus longue salle du Harem. Elle se divise en trois grandes sections égales et deux pièces plus intimes à chaque extrémité, ces dernières ayant probablement servi de réserve ou de garde-robe en raison de leur pénombre. L'ensemble était vraisemblablement destiné aux célébrations et réceptions privées de la famille royale.

Les peintures de la voûte centrale représentent les dix premiers souverains de Grenade depuis la fondation du royaume — l'un d'eux arbore une barbe rousse, évoquant Mohamed ben Nazar, dit Al-Ahmar "Le Rouge", fondateur de la dynastie nasride.


Les voûtes latérales illustrent des scènes de chevaliers et de dames, exécutées à la fin du XIVᵉ siècle. Elles témoignent des échanges artistiques intenses sous le règne de Pierre Iᵉʳ de Castille, qui fit appel aux artisans et artistes du roi de Grenade pour la réalisation de l'Alcázar de Séville. Ces peintures font appel à une technique d'une extrême sophistication : Des lattes de bois de poirier sauvage ont été soigneusement rabotées et assemblées en une structure elliptique.


Sur cette surface concave, un cuir mouillé a été tendu et collé avec une préparation d'apprêt, puis fixé à l'aide de petits clous à tête carrée étamés pour éviter toute rouille. Sur le cuir, une couche d'enduit composée de plâtre, de fibres de roseau et de colle (de près de 2 cm d'épaisseur) a été appliquée et teintée de rouge. C'est sur cette préparation que les scènes ont été dessinées à la pointe sèche avant d'être peintes.


La salle est rythmée intérieurement par des arcs transversaux qui découpent l'espace. Le soffite de ces arcs est garni de muqarnas et recouvert de plâtreries associant symboles nasrides et emblèmes chrétiens. L'aspect général de la galerie avec ses arcs décorés rappelle la structure des nefs de l'architecture mosquée almohade.


- Salle des Deux Sœurs (Sala de Dos Hermanas) :

En quittant la Cour des Lions du côté opposé à la Salle des Abencérages, on franchit une porte en marqueterie d'origine — l'une des plus remarquables du palais, aujourd'hui conservée au Musée de l'Alhambra. Le nom de "Deux Sœurs" provient des deux imposantes dalles de marbre blanc identiques encastrées dans le sol de part et d'autre de la fontaine centrale — parfaitement semblables en dimensions, teinte et grain, et figurant parmi les plus grandes pièces de marbre de l'Alhambra. La salle bénéficie d'un belvédère ouvrant sur la ville et d'un accès direct aux bains.

À l'instar des autres espaces de l'Alhambra, les murs de cette salle sont calligraphiés de poèmes. On peut notamment y lire : "Sans égale, une coupole radieuse s'y dresse, recelant des merveilles visibles et cachées (...) Jamais nous n'avons contemplé un jardin si verdoyant, aux fruits si doux et aux parfums si enivrants." Dans chaque chambre du Harem s'ouvrent deux petites portes : l'une menant au Harem supérieur, l'autre aux latrines. Il n'y avait pas de cuisines fixes à cet étage — la cuisson des mets se faisait sur des braséros portatifs ou dans des dépendances extérieures.


- Salle des Ajimeces et Belvédère de Lindaraja (Mirador de Lindaraja) :

Tout au fond de la salle précédente se dresse le balcon de Lin-dar-Aixa. Il offrait autrefois une vue panoramique imprenable sur la vallée du Darro et la ville. La construction du pavillon de Charles Quint est venue obturer cet horizon, ce qui a motivé la création du Jardin de Lindaraja — de style italien, agrémenté d'une fontaine Renaissance portée par une vasque en marbre arabe. Dans le belvédère de Lindaraja, on lit cette inscription poétique : "Je suis l'œil frais de ce jardin (...) À travers moi, Grenade contemple son trône."


- Appartements de l'Empereur (Habitaciones del Emperador) :

Les six pièces connues sous le nom d'Appartements de l'Empereur ont été aménagées sous le règne de Charles Quint, entre 1528 et 1537, délimitant d'un côté la Cour de Lindaraja et de l'autre la Cour de la Grille (Patio de la Reja).


- Chambre de l'Empereur :

Édifiée pour accueillir le roi Charles Quint lors de son séjour de lune de miel à Grenade. Dans la pièce adjacente, une plaque commémorative en marbre rend hommage à l'écrivain américain Washington Irving, qui résida dans ce secteur du palais en 1829 lors de la rédaction de ses célèbres Contes de l'Alhambra.


- Le Cabinet de la Reine (Peinador de la Reina) :

Une tour arabe connue à l'origine sous le nom de Tour d'Abul-Hachach, utilisée par le sultan comme lieu de villégiature et de méditation. Après la conquête chrétienne, elle fut remaniée. L'étage supérieur aurait servi de cabinet de toilette royal, notamment utilisé par la reine Élisabeth Farnèse. Sa structure révèle des influences romaines et Renaissance, visibles dans la galerie voûtée à portique et dans ses fresques murales.


- Patio de la Reja ou Cour des Cyprès (Patio de la Reja) :

Accessible depuis la dernière chambre de Charles Quint, cette cour intérieure pittoresque date de la même période de travaux.


- Le Partal :

Secteur correspondant aux résidences de la cour, aux dépendances des serviteurs du palais et aux magnifiques jardins en terrasses.


- Tour de la Captive (Torre de la Cautiva) :

Somptueuse tour-palais élevée sous Youssouf Iᵉʳ. Son nom vient de la légende d'Isabel de Solís, noble dame chrétienne retenue captive en ce lieu. Parmi ses inscriptions calligraphiées, on admire : "Dans ses soubassements de céramique et sur son sol se déploient des merveilles comme tissées de soie."


- Les Bains Royaux (Los Baños) :

Joyau de la demeure andalouse. Les ablutions et le bain revêtent dans l'Islam une valeur rituelle et sacrée. L'architecture reprend le modèle des thermes romains et s'organise en trois salles principales : La salle de déshabillage et de repos (Bayt al-Maslaj) — un espace doté d'alcôves où les visiteurs se dévêtaient et se détendaient après le bain. Des rafraîchissements y étaient servis. Dans la tribune supérieure se plaçaient musiciens et poètes. La salle tiède et de massage (Bayt al-Bared) — destinée aux soins du corps.

Deux galeries voûtées mènent à la salle chaude et de vapeur (Bayt al-Sajin) — la plus intime des trois. Ses voûtes sont percées de lucarnes étoilées autrefois garnies de verres colorés non hermétiques, permettant à la vapeur de s'échapper tout en laissant filtrer une lumière tamisée et un air purifieur.


- Tour des Infantes (Torre de las Infantas) :

Construite en 1445, c'est la tour la mieux préservée et un modèle accompli de demeure aristocratique andalouse : un véritable petit palais doté de bancs à l'entrée pour les eunuques, d'une entrée en coude, d'un patio intérieur avec alcôves, d'une fontaine centrale, de fenêtres ouvrant sur les jardins du Généralife et d'un étage réservé aux dames. L'ensemble est couronné d'une terrasse. Sa coupole à muqarnas fut malheureusement détruite lors d'un séisme. Cette tour fut la résidence des princesses Zaida, Zoraida et Zorahaida, dont l'histoire romanesque est immortalisée par Washington Irving dans les Contes de l'Alhambra.


Parmi les autres espaces remarquables figurent : le Portique du Palais, les Jardins et promenades, le Palais de Youssouf III, la Promenade des Tours (Paseo de las Torres) et la Tour des Pics (Torre de los Picos).



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LES JARDINS DU GÉNÉRALIFE

Le Généralife est le palais de villégiature et de campagne utilisé par les rois musulmans de Grenade comme lieu de repos et de détente, situé sur la colline du Cerrijón à Grenade, en Espagne.

Il a été conçu comme un domaine rural d'agrément où jardins ornementaux, vergers, potagers et architecture s'harmonisent sur les hauteurs voisines de l'Alhambra. L'origine de son nom fait débat : certains spécialistes privilégient Yannat al-Arif ("Jardin de l'Architecte"), bien qu'il ait pu signifier "Le Jardin le plus Élevé" ou "Verger du Maître". De tels domaines royaux étaient très répandus dans les cours hispano-mauresques de l'époque.


Classé au Patrimoine Mondial de l'UNESCO, le complexe a été bâti entre le XIIIᵉ et le XIVᵉ siècle, puis réaménagé sous le règne d'Abu I-Walid Ismaïl. Élevé dans le plus pur style arabo-nasride, il s'étend sur le versant nord de l'Alhambra. Il regroupe un ensemble de bâtiments, de cours et de jardins qui constituent l'un des joyaux touristiques de Grenade et l'un des plus illustres témoins de l'architecture civile musulmane conservés dans le monde.

De l'extérieur, deux pavillons principaux se font face au nord et au sud, reliés par une cour intérieure bordée d'eaux courantes. Ces deux pavillons ont connu d'importantes remaniements au cours des siècles.


- Patio de la Acequia (Cour du Grand Canal) :

Le premier courtyard — et le plus emblématique du Généralife — adopte le schéma persan du jardin quadripartite (Char-Bagh), tradition très ancrée en Andalousie, adaptée ici à la topographie étirée du terrain et guidée par le passage du Canal Royal (Acequia Real), qui acheminait l'eau vers les vergers environnants avant d'alimenter l'Alhambra. L'axe transversal du jardin est suggéré par une rupture de la végétation et une fontaine basse au croisement des allées. Le canal est bordé de deux rangées de jets d'eau qui se croisent en de spectaculaires arrosages arborescents — un aménagement romantique ajouté au XIXᵉ siècle.


Il convient de souligner que, bien que le Généralife soit une création essentiellement islamique, l'influence des concepts architecturaux chrétiens y est très sensible : avant 1492, par les échanges constants avec les royaumes chrétiens voisins, et après la Reconquista, par l'adaptation des espaces aux goûts occidentaux par ses différents propriétaires. L'ouverture du grand belvédère le long de la cour à l'époque chrétienne en est une parfaite illustration.


- Salle Royale (Sala Regia) :

À l'extrémité du Patio de la Acequia, derrière un portique à cinq arcs, s'ouvre la Salle Royale, richement ornée de plâtreries et menant à un belvédère du XIVᵉ siècle. La décoration de cette salle, comme de l'ensemble du domaine, se montre plus sobre et épurée que celle des Palais Nasrides de l'Alhambra. En tant que résidence de campagne, la simplicité et le calme primaient sur l'ostentation. Comme l'écrivait l'architecte Leopoldo Torres Balbás : "Au Généralife, tout est intime et paisible. Rien — ni l'architecture ni la nature façonnée par l'homme — ne cherche à éblouir par des prétentions de grandeur ou de monumentalisme."


- Patio del Ciprés de la Sultana (Cour du Cyprès de la Sultane) :

Depuis la Salle Royale, un escalier mène à une double galerie de style Renaissance ouvrant sur la Cour du Cyprès de la Sultane — haut lieu de mystère de la tradition grenadine. La légende, rapportée par Ginés Pérez de Hita, y situe les rendez-vous secrets entre l'épouse de Boabdil et un noble du clan des Abencérages. Profondément remaniée à l'époque chrétienne, la cour conserve le charme romantique de ses fontaines, de sa végétation luxuriante et de l'âme andalouse. Cet espace date de la fin du XIIIᵉ et du début du XIVᵉ siècle.


- Jardins Hauts et Escalier d'Eau (Escalera del Agua) :

En poursuivant l'ascension par l'Escalier des Lions, on atteint les Jardins Hauts du Palais en empruntant l'Escalier d'Eau — un ouvrage hydraulique d'une ingéniosité poétique remarquable. Son rôle premier était de relier le palais du Généralife à une petite oratoire située au sommet de la colline.


La forte pente représentait un défi technique que l'architecte nasride a surmonté avec maestria : l'escalier, entrecoupé de paliers circulaires agrémentés de petites fontaines basses, utilise pour rampes deux canaux faits de simples briques et tuiles blanchies à la chaux. L'eau fraîche du Canal Royal y écoule en cascade, vive et bucolique, diffusant un murmure apaisant et rafraîchissant l'atmosphère sous une voûte ombragée de lauriers précieux.


Cet espace ombreux et frais servait également aux ablutions rituelles avant la prière, faisant office de sahn (cour d'ablution) pour l'oratoire du sommet. Cet escalier est une leçon d'architecture paysagère : faire d'une contrainte technique une œuvre d'art avec les matériaux les plus humbles.

AUTRES ESPACES

- Palais de Charles Quint (Palacio de Carlos V) :

Porte le nom de l'empereur Charles Quint, qui en ordonna la construction pour y établir sa résidence royale — bien qu'il n'y ait jamais résidé. Adossé aux Palais Nasrides de Comares, il offre un contraste saisissant avec l'architecture islamique environnante. De plan carré abritant une majestueuse cour circulaire, il fut conçu par l'architecte Pedro Machuca.


Édifice visionnaire pour sa date de construction (1527), il s'inscrit très tôt dans le courant du Maniérisme : colonnes doriques au rez-de-chaussée, ioniques à l'étage et frise ornée de bucranes (têtes de taureau) de tradition gréco-romaine. Il anticipe plusieurs solutions architecturales du Maniérisme italien — ce qui s'explique par le séjour de Machuca en Italie et son talent à développer les codes émergents de la Renaissance avec une grande liberté créative.


Interrompue au XVIIᵉ siècle, sa construction ne fut définitivement achevée qu'au XXᵉ siècle. La façade est purement Renaissance : le niveau inférieur présente un bossage rustique de style toscan, tandis que le niveau supérieur s'enrichit d'éléments décoratifs. Au-dessus du portail principal, deux figures féminines ailées reposent sur le fronton. Plus haut s'inscrivent trois médaillons encadrés de marbre vert, flanqués de bas-reliefs illustrant les exploits d'Hercule. Les anneaux en bronze fixés sur le soubassement ont une fonction purement ornementale.


- Couvent de Saint-François (Convento de San Francisco) :

Aujourd'hui transformé en Parador national de tourisme. C'était à l'origine une demeure noble andalouse. Après la conquête de Grenade, il fut cédé à l'ordre franciscain, devenant le premier couvent fondé dans la ville. Le patio andalou d'origine est magnifiquement conservé, avec ses muqarnas, son balcon à jalousies et sa citerne.


- Le Secano ou Haute Alhambra (Alhambra Alta) :

Zone actuellement étudiée dans le cadre de campagnes de fouilles archéologiques. C'était le quartier d'artisans, de civils et de nobles de la cité andalouse, abritant notamment les vestiges du Palais des Abencérages.


- Tour des Sept Étage (Torre de los Siete Suelos) :

Seuls quatre niveaux souterrains ont été mis au jour à ce jour. Rendue célèbre par les récit de Washington Irving dans ses Contes de l'Alhambra, la tradition veut que ce soit par la porte de cette tour que le roi Boabdil quitta définitivement le palais lors de la reddition de Grenade.

Vue aerienne de l Alhambra et de la ville de Grenade * L'Alhambra et le Généralife dominant la ville de Grenade